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Investir dans un journalisme à la hauteur des ambitions numériques de l’Afrique

7.02.2022

Série « Trois questions sur le D4D » : Parlons des médias et la transformation numérique
Localisation
Afrique

La transformation numérique offre un énorme potentiel pour contribuer au développement inclusif et durable en Afrique. Cela nécessite, toutefois, la mise en place de politiques publiques et mesures favorisant l’entrepreneuriat, la protection des droits, et la réduction des inégalités, entre autres.

Le journalisme a un rôle très important à jouer dans ce processus, selon Ahtziri Gonzalez, chargée de communication du projet Digital for Development (D4D) Hub Union africaine-Union européenne (UA-UE). « Le rôle des journalistes, dans un tel contexte, est d’enquêter sur l’impact de la transformation numérique, d’informer sur ses différentes opportunités et défis, de responsabiliser les pouvoirs publics, et de contribuer à un débat plus large sur le type d’avenir numérique que l’Afrique veut construire », déclare-t-elle.

La relation entre les technologies numériques et les médias est en fait double, explique-t-elle. La numérisation offre aux médias la possibilité de se développer et de toucher davantage de personnes. Mais ils devraient également s’intéresser aux questions socio-économiques liées au numérique. « La façon dont leur propre secteur a été bouleversé par la numérisation fait partie d’un phénomène social plus large ; un changement qui devrait être mis en lumière et accompagné. »

Dans cette interview, Ahtziri développe ces idées et d’autres sur le journalisme numérique.

Q : Comment la transformation numérique a-t-elle impacté le paysage médiatique en Afrique ?

AG : Le déploiement des technologies numériques a radicalement transformé la façon dont les gens obtiennent des informations dans le monde entier, et bien qu’en Afrique la tendance ait été plus lente, elle ne fait pas exception. Une récente enquête (2020) d’Afrobarometer menée dans 18 pays africains a montré que plus d’un tiers de la population utilisait des outils en ligne pour accéder à l’information. Il y a bien sûr une énorme disparité entre les zones rurales et urbaines, et aussi entre les différents pays. Cependant, d’une manière générale, l’accès aux médias en ligne ne cessera d’augmenter, compte tenu du fait que les abonnements mobiles devraient doubler d’ici 2025.

Entre-temps, les médias bien établis ont dû s’adapter à ces différentes évolutions et proposer aussi des portails sur Internet. Cependant, la transformation numérique a également permis l’émergence d’une nouvelle génération de journalisme axé exclusivement sur les outils en ligne, y compris les blogues, les vlogues, et les podcasts.

Q : À quels défis les médias en ligne africains sont-ils confrontés ?

AG : La prolifération des médias en ligne est en principe une bonne nouvelle, mais ils sont confrontés à des défis importants. Bien sûr, l’un des problèmes majeurs est la monétisation de l’information. Il s’agit en fait d’un problème mondial, et les médias partout ont du mal à développer des modèles commerciaux durables. En Afrique, où le pouvoir d’achat moyen est plus faible, il est plus difficile de faire payer les consommateurs.

Un autre problème est la qualité. Les portails en ligne ont besoin de beaucoup de contenu et il y a parfois un compromis entre qualité et quantité d’information. Beaucoup d’entre eux n’ont pas assez de ressources pour vérifier la véracité des informations, ou pour effectuer les recherches nécessaires leur permettant de produire des histoires objectives et approfondies. Par exemple, lors d’un événement organisé par le média nigérian TechCabal, des rédacteurs invités ont exprimé leur inquiétude quant au fait que de nombreux journalistes sont sous-formés et sous-financés. Il y a beaucoup de talent, mais le soutien est limité.

Q : Comment le D4D Hub UA-UE interagit-t-il avec les journalistes numériques en Afrique ?

AG : Nous venons en fait de lancer notre programme d’engagement avec les médias avec un double objectif. Premièrement, soutenir l’utilisation des technologies numériques pour promouvoir un journalisme de qualité; et deuxièmement, encourager les reportages sur les impacts que les technologies numériques ont sur la vie des gens à travers le continent. Nous voulons également promouvoir la diversification du secteur et créer de nouvelles opportunités pour les jeunes.

La première activité de ce programme est un concours de journalisme numérique. Ce concours est pour nous l’occasion d’établir un premier contact avec des journalistes. Notre objectif est alors d’entamer une conversation avec eux et d’écouter comment nous pouvons travailler ensemble et appuyer leur travail.

Au D4D Hub UA-UE, nous sommes convaincus qu’un paysage médiatique sain est essentiel pour parvenir à une transformation numérique durable et inclusive en Afrique. C’est aussi le moyen de diffuser les bonnes pratiques de digitalisation et d’augmenter la visibilité des solutions innovantes. Nous voulons donc apporter notre pierre à l’édifice.

À propos de l’interviewée

Ahtziri Gonzalez est la chargée de communication de D4D Hub UA-UE depuis septembre 2021. Auparavant, elle a travaillé comme experte en communication pour divers projets de développement durable à travers l’Afrique, et comme consultante en relations publiques et plaidoyer. Les partenariats mutuellement bénéfiques avec les journalistes ont toujours été une priorité dans son travail.