5/16/2022

Arlette Assi : « N’ayez pas peur de vous aventurer dans des domaines dominés par les hommes tant que cela vous passionne »

Interview avec la nominée #GirlsinD4D et informaticienne de Côte d’Ivoire
Sujets
cybersecurity, gender digital divide
Localisation
Africa, Côte d'Ivoire

Experte en cybersécurité originaire de Côte d’Ivoire, Arlette Assi travaille actuellement comme ingénieure des opérations de sécurité pour une société de mobile money. Elle est passionnée par la lutte contre la cybercriminalité, la protection des données et la sécurité des transactions. Dans son domaine, étant la seule femme de son équipe, elle s’est habituée à travailler dans des espaces à prédominance masculine bien qu’il ne soit pas toujours facile de défier les stéréotypes dans sa société. « Cela ne devrait pas décourager d’autres femmes capables de poursuivre des carrières dans des domaines traditionnellement réservés aux hommes », affirme-t-elle.

Espérant permettre à d’autres femmes de réussir dans le domaine des TIC, Arlette travaille également comme cheffe de projet pour D-Clic Côte d’Ivoire, une initiative pilote de l’Organisation internationale de la francophonie qui propose des formations aux compétences numériques pour les jeunes dans dix pays francophones.

Dans cet entretien accordé au projet D4D Hub UA-UE dans le cadre de la campagne #GirlsinD4D, Arlette nous parle de son expérience dans la cybersécurité, de l’importance de la protection des données numériques et de son engagement à promouvoir les TIC auprès des autres femmes de son pays.

Les femmes dans la lutte contre la cybercriminalité

Mondialement, les femmes sont gravement sous-représentées dans le domaine de la cybersécurité. En Afrique, il est estimé que les femmes ne représentent que 9 pourcents de la main-d’œuvre dans le secteur.

Pour Arlette, l’intérêt pour le secteur informatique a commencé à un jeune âge. Alors que son père qui lui a offert son premier ordinateur portable quand elle avait neuf ans, « cet ordinateur à l’époque ne me servait pas à grand-chose, » se souvient-elle. « Il me servait juste à regarder des vidéos, créer les cartes d’invitation pour anniversaire. Mais l’obtention de cet ordinateur a suscité en moi une grande curiosité dans la sphère informatique ».

Des années plus tard, alors qu’il était temps pour elle de choisir son orientation académique, elle décide de poursuivre cet intérêt. « J’ai bravé une sélection et je suis rentrée à l’Ecole supérieure africaine des technologies de l’information et de la communication », explique Arlette. Elle y décroche trois ans plus tard une licence en système informatique et génie. Elle va s’inscrire en master option sécurité informatique toujours dans ladite école. Seule étudiante femme de sa classe, elle est motivée et obtient le deuxième prix d’excellence de son école dans laquelle elle joue les premiers rôles.

Lorsqu’on lui demande pourquoi elle a choisi le domaine de la cybersécurité, Arlette parle avec passion de l’importance de lutter contre la cybercriminalité. « Les entreprises traitent toutes sortes de données importantes de leurs clients et ont la responsabilité de les protéger », dit-elle.

Dans son rôle actuel d’ingénieure en sécurité informatique dans une entreprise privée, Arlette est responsable de garantir la confidentialité, l’intégrité, et de la disponibilité du système d’information ; un travail très enrichissant pour elle. À 25 ans, Arlette espère bâtir une longue carrière dans la cybersécurité et éventuellement se consacrer à l’enseignement. « Il est toujours agréable de savoir transmettre ce qu’on a reçu aux jeunes générations », confie-t-elle.

Soutien aux autres femmes

Arlette reconnaît que trouver sa place dans le domaine de la cybersécurité n’a pas toujours été facile : « Dans notre société on décourage les femmes en les reléguant aux métiers comme ressources humaines et sciences sociales. Pour celles qui poursuivent encore une carrière dans le secteur, nos mérites sont méprisés et les gens doutent de notre capacité à assumer des responsabilités. »

Elle-même, elle a vécu quelques expériences difficiles dans lesquelles son travail n’a pas été valorisé et on lui a dit qu’elle n’avait pas d’avenir dans le métier. C’est ce qui l’a encouragée à participer à des projets d’accompagnement des femmes dans le secteur informatique.

Depuis 2017, Arlette collabore avec l’ONG Femmes & TIC et depuis décembre 2021 elle travaille dans un projet qui vise à former de jeunes francophones afin de leur donner des opportunités professionnelles dans le numérique. En Côte d’ivoire, le projet a pour objectif de former 100 femmes cette année dans quatre spécialisations, notamment les métiers de l’infographie, le développement d’applications, l’expérience utilisateur et le marketing digital.

« Les femmes visées sont actuellement au chômage. C’est alors extrêmement gratifiant de les aider à acquérir de nouvelles compétences pour embrasser une nouvelle trajectoire professionnelle dans le numérique », explique-t-elle.