5/2/2022

#GirlsinD4D : « Je veux mettre le pouvoir des TIC au service du développement et de l’émancipation des femmes »

Interview avec Aminata Dembélé, ingénieure informaticienne du Mali
Sujets
gender digital divide
Localisation
Africa

Jeune entrepreneure et doctorante en télécommunications à l’Université panafricaine à Nairobi, au Kenya, la Malienne Aminata Dembélé nous explique dans cette interview sa passion pour les technologies de l’information et la communication, les difficultés rencontrées en tant que femme et son désir malgré tout de créer une communauté croissante de femmes désireuses d’utiliser les TIC comme outil de développement économique, intellectuel et de participation politique au Mali et au-delà.

Q : Parlez-nous de votre expérience dans le secteur des TIC. Pourquoi avez-vous décidé de faire carrière dans ce domaine ?

AD : Partie du constat que les TIC sont un secteur transversal intégrable dans tous les domaines avec un effet catalytique, j’ai très tôt compris l’utilité de mettre les nouvelles technologies de l’information et la communication au service de la transformation de la société en général et de l’amélioration des conditions de vie des femmes en particulier. C’est ainsi que j’ai participé tour à tour à des activités touchant la bonne gouvernance, la démocratie, la promotion de la paix et l’émancipation socio-économique des femmes.

J’ai été gagnante du premier prix d’un concours de type hackathon pour le développement d’une application mobile d’alerte de lutte contre la corruption et les tracasseries routières organisé par la Fondation Tuwindi en partenariat avec le programme Mali Justice Project de l’USAID. Dans la même lancée, j’ai participé à un projet du PNUD destiné à lutter contre la propagation des fausses nouvelles sur la pandémie à COVID-19 grâce aux TIC. J’ai été aussi coordinatrice d’un projet pour la conception d’une application digitale novatrice permettant d’augmenter le taux de participation des femmes dans la politique du Mali.

Ces jours-ci, je continue de collaborer à distance sur des projets avec la Fondation Tuwindi, mais j’ai déménagé au Kenya pour poursuivre un doctorat en télécommunications. Bientôt, je serai de retour dans mon pays et je pourrai à nouveau travailler à plein temps sur ces projets.

Q : Vous êtes également la fondatrice de l’association Women Tech Mali. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette initiative ?

En 2020, j’ai co-fondé Women Tech Mali, une initiative destinée à permettre l’interconnexion des femmes maliennes grâce à une application similaire à Facebook en vue de promouvoir le réseautage et une meilleure participation dans les processus démocratiques et réduire leur faible représentativité dans les sphères de décision.

L’application, qui vise aussi les femmes vivant dans des zones reculées ou ayant un faible niveau de scolarisation, favorise l’organisation des séminaires et des conférences à distance en collaboration avec d’autres organisations de femmes existantes dans le pays afin d’amplifier les causes féminines. Les formations portent sur l’utilisation des nouvelles technologies dans les actions concrètes dans le développement du pays.

Q : Selon vous, quels sont les obstacles que les femmes doivent surmonter dans le secteur des TIC ? Quelle a été votre expérience ?

Nombre de femmes vivent dans la peur de ne pas pouvoir réussir dans le secteur des TIC, car c’est un milieu perçu comme complexe pour les femmes et majoritairement dominé par les hommes. À cela s’ajoute aussi le poids des mœurs et de la religion qui cantonne la femme à des activités jugées moins difficiles en les incitant à embrasser des activités perçues comme correspondant mieux à leur profil féminin.

Personnellement, j’ai dû faire face à des obstacles sociaux dans mon parcours. Après mon baccalauréat scientifique, je me suis inscrite dans une filière informatique avec deux autres cousins, mais j’ai dû subir des pressions y compris au sein de la famille et de mes copines pour me décourager à cause du seul fait que je suis une femme. À plusieurs reprises, il m’a été dit que l’informatique n’est pas une filière pour une femme ; que la femme est appelée à se marier, à faire des enfants et à fonder un foyer. Tout le monde m’a dit : « Or l’informatique est un domaine technique. Comment tu vas faire pour t’en sortir ? »

Pratiquement la seule de ma promotion à m’inscrire en informatique après le baccalauréat scientifique, mais j’ai fini par trouver trois autres femmes en cycle de licence sur une vingtaine d’étudiants. Ce qui m’a permis de m’en sortir c’est la confiance en moi. Si les garçons le peuvent, pourquoi pas moi ?